Sunday, April 12, 2026

Les lamas tibétains croyaient que leurs rites les protégeraient des balles britanniques




En 1903, la Grande-Bretagne envoya 3 000 soldats à travers le plus haut plateau de la Terre pour ouvrir le Tibet — un pays qui s’était fermé à toute puissance étrangère pendant des siècles. Ils marchèrent à 4 270 mètres d’altitude, combattirent des hommes armés de mousquets à mèche et d’épées, atteignirent la ville interdite de Lhassa, et signèrent un traité dans le palais du Potala. L’homme qui les mena — Francis Younghusband — fut anobli, puis discrètement mis sur la touche. L’expédition reste l’un des chapitres les plus extraordinaires et les moins connus de l’histoire impériale britannique.

Le contexte était le Grand Jeu — la lutte qui dura des décennies entre la Grande-Bretagne et la Russie pour l’influence en Asie centrale. Au tournant du siècle, Lord Curzon, vice-roi des Indes, croyait que la Russie courtisait secrètement le treizième dalaï-lama par l’intermédiaire d’un émissaire nommé Agvan Dorzhiev. Curzon craignait l’influence russe sur la frontière nord de la Grande-Bretagne. En 1903, malgré les assurances russes qu’ils n’avaient aucun intérêt pour le Tibet, il ordonna une mission diplomatique — appuyée par la force militaire — pour franchir la frontière et régler les affaires.

Francis Younghusband fut l’homme choisi pour la diriger. Né en 1863 à Murree, en Inde, dans une famille militaire britannique, il était déjà l’un des explorateurs les plus expérimentés de sa génération. Il avait traversé le désert de Gobi, ouvert une voie à travers le col de Mustagh dans le Karakorum, et était devenu, à vingt-quatre ans, le plus jeune membre jamais élu à la Royal Geographical Society. Il était à la fois soldat, diplomate, aventurier — et Curzon voulait les trois.

La force qui quitta Gnatong, au Sikkim, le 11 décembre 1903 comptait environ 3 000 soldats — principalement des Gurkhas, des Sikhs et des Pathans — avec en outre 7 000 porteurs, ouvriers et suiveurs de camp, ainsi que des milliers d’animaux de bât. Ils transportaient des mitrailleuses Maxim, de l’artillerie et des fusils modernes. Ils entrèrent au Tibet et avancèrent à travers le terrain le plus élevé où une force britannique ait jamais opéré.

Pendant des mois, Younghusband attendit à Tuna, à cinquante miles à l’intérieur du Tibet, dans l’espoir que des officiels tibétains ou chinois viendraient négocier. Aucun ne vint. Au début de 1904, il reçut l’ordre d’avancer vers Lhassa.

Le 31 mars 1904, au col de Guru près du lac Bhan Tso, l’expédition rencontra sa première opposition sérieuse. Une force tibétaine d’environ 3 000 hommes bloquait la route, armée de mousquets à mèche, d’épées et de drapeaux de prières. Leurs lamas leur avaient remis des amulettes bénies — des charmes dont ils croyaient qu’ils arrêteraient les balles britanniques.

Ce qui suivit dura quelques minutes. Les récits diffèrent sur la façon dont le combat commença — une échauffourée, un coup de feu d’un officier tibétain — mais une fois que les mitrailleuses Maxim ouvrirent le feu, l’issue était inévitable. Entre 600 et 700 Tibétains furent tués. Les Britanniques déplorèrent douze blessés. Un officier, le lieutenant Arthur Hadow, qui commandait un détachement de mitrailleuses Maxim, déclara plus tard : « J’en ai eu tellement assez du massacre que j’ai cessé le feu. »

L’expédition poursuivit sa route. À la gorge de Red Idol, neuf jours plus tard, les Tibétains tentèrent à nouveau leur chance. Plus de 200 furent tués sous le feu de l’artillerie et les attaques de flanc des Gurkhas. Au col de Karo La, des Gurkhas combattirent une force tibétaine déterminée à plus de 4 880 mètres d’altitude. À Gyantse, l’expédition prit d’assaut le dzong fortifié le 6 juillet — le lieutenant John Grant reçut la Croix de Victoria pour avoir franchi les défenses.

Le 3 août 1904, l’expédition entra à Lhassa. Aucune armée occidentale n’y était jamais parvenue. Ils découvrirent que le dalaï-lama s’était enfui en Mongolie. Ils ne trouvèrent aucune trace d’influence russe — ni agents, ni arsenal, ni complot. La menace qui avait justifié toute l’expédition n’existait pas.

Younghusband négocia avec le régent du dalaï-lama et l’Assemblée nationale tibétaine. Le 7 septembre 1904, il signa la convention de Lhassa au palais du Potala — un traité qui accordait à la Grande-Bretagne des droits commerciaux dans trois villes tibétaines, formalisait la frontière entre le Sikkim et le Tibet, et imposait une indemnité de 7,5 millions de roupies. Il écrivit à sa femme qu’il avait pu « leur faire avaler le traité tout rond ».

© The Stoic English


Le gouvernement britannique s'est discrètement distancié de Younghusband presque immédiatement. Le vice-roi par intérim a réduit l'indemnité des deux tiers et adouci les conditions. Younghusband a été anobli — mais il a aussi été accusé d'avoir outrepassé son autorité. Sa carrière sur le terrain était de fait terminée.

Ce qui s'est passé ensuite est la partie la plus étrange de l'histoire. Le lendemain de son départ de Lhassa, Younghusband est parti seul à cheval dans les montagnes. En ses propres termes : « Je me suis éloigné seul vers le flanc de la montagne, et là, je me suis abandonné à toutes les émotions de cette période mouvementée. L'exaltation a grandi jusqu'à l'euphorie, l'euphorie jusqu'à une extase qui m'a traversé avec une intensité irrésistible. J'étais hors de moi, submergé par une joie indicible. »

Il n'a plus jamais combattu. Il a servi en tant que Résident britannique au Cachemire, est devenu président de la Royal Geographical Society, a présidé le Comité de l'Everest qui a envoyé Mallory à sa mort sur la montagne, et en 1936 a fondé le Congrès mondial des religions — l'une des plus anciennes organisations interreligieuses au monde. Il a passé ses dernières années à écrire sur l'amour universel et l'unité spirituelle. Il est mort en 1942.

L'expédition Younghusband reste l'un des épisodes les plus remarquables de l'histoire impériale britannique — une mission militaire envoyée pour contrer une menace qui n'existait pas, à travers le terrain le plus élevé de la Terre, contre un adversaire qui ne pouvait résister, menée par un homme qui y est entré en tant que soldat et en est sorti en tant que mystique. Les Tibétains lui ont offert une statuette du Bouddha en cadeau d'adieu. Il l'a conservée jusqu'à la fin de sa vie.



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Sir Francis Younghusband tient l'un de ses biens les plus précieux, un Bouddha qui lui fut offert par Ganden Tripa, le chef spirituel de l'école Gelug du bouddhisme tibétain.

Ce colonel chrétien évangélique, qui mena une invasion sanglante du Tibet, devint par la suite un fervent défenseur de la spiritualité, de l'amour libre, des extraterrestres, des fêtes de la nature, des gourous indiens et du multiculturalisme et prônait un monde où « le saint et le sage sont honorés plus que le capitaliste le plus riche ».


[...]

Francis Younghusband exposa ses propositions pour une nouvelle religion dans son ouvrage « Within: Thoughts During Convalescence ». Il y remplaçait le concept communément admis d'une divinité supérieure par celui d'une puissance divine résidant en chaque individu. Écrivant en 1912, Younghusband introduisit les concepts typiquement New Age et contre-culturels d'amour libre et de messages extraterrestres, et prédit l'avènement d'un nouveau guide spirituel sous la forme d'un Enfant-Dieu.

Le déclenchement de la Première Guerre mondiale renforça la ferveur religieuse de Sir Francis ; il déclara : « Nous sommes engagés dans un conflit spirituel – une guerre sainte – le Combat pour le Droit » et que l'esprit du peuple « répondrait à la musique, à la parole, au chant », une conviction qui le poussa à fonder le mouvement « Fight for Right ». Dans un exemple pionnier de multiculturalisme, Younghusband a résisté aux tentatives de rendre le mouvement Fight for Right exclusivement chrétien : déclarant au contraire qu'il souhaitait qu'il s'adresse « à l'humanité entière… hindous, musulmans, bouddhistes… ». Ce concept a séduit un large public, et parmi les partisans du mouvement figuraient un certain nombre de célébrités culturelles, dont le romancier Thomas Hardy.

Dans le cadre d'une campagne visant à élargir le nombre d'adhérents de Fight for Right, Younghusband souhaitait un hymne mobilisateur et entraînant. En 1916, le poète lauréat et soutien du mouvement, Robert Bridges, envoya à Hubert Parry un exemplaire de « Milton » de William Blake. Bridges suggéra à Parry de composer une musique simple et appropriée aux strophes de Blake, et le résultat est entré dans l'histoire, ou plutôt, Jérusalem. La mise en musique de Blake par Parry fut chantée pour la première fois en mars 1916 par trois cents membres de Fight for Right, sous la direction de Walford Davies, au Queen's Hall, qui accueillait alors les concerts Promenade d'Henry Wood.

Jerusalem connut un succès comparable à celui de l'époque édouardienne, mais Fight for Right eut moins de succès, et en 1917, une scission apparut au sein du mouvement entre patriotes belliqueux et pacifistes convaincus. Face à la radicalisation croissante de Fight for Right, Parry retira Jérusalem de son hymne, et Younghusband se rangea du côté des pacifistes, rompant tout lien avec le mouvement, qui finit par se dissoudre.

Malgré ce revers, Younghusband poursuivit ses recherches mystiques et publia, entre 1920 et 1930, douze ouvrages sur des sujets variés. Dans l'un d'eux, il prit pour alter ego un brahmane indien. Il anticipait par ailleurs certains aspects de la théorie Gaïa, alors en vogue, et du culte de figures maternelles omniscientes telles que Mère Meera. Ailleurs, il vantait les mérites des « drames sacrés, des chants communautaires et des fêtes de la nature », et la photo ci-dessous montre la Société de théâtre religieux qu'il a fondée. Pour Sir Francis, l'imagination était sans limites, et son dernier essai sur la spiritualité introduisait des êtres supérieurs venus d'une planète lointaine nommée Altaïr. Cependant, Younghusband se préoccupait également de questions plus pratiques, et en tant que président de la Royal Geographical Society, il a préparé le terrain pour les premières expéditions infructueuses à l'Everest ; parmi celles-ci, la tentative de 1924 qui coûta la vie à George Mallory et à un autre alpiniste.


Dans les années 1930, ce colonialiste à la retraite, devenu sage, changea radicalement de perspective sur la politique indienne. Younghusband devint un fervent partisan de Gandhi, pionnier de l'autonomie, et c'est à cette époque qu'il prôna une Inde où « le saint et le sage seraient honorés plus que le capitaliste le plus riche ». On peut alors se demander ce que Sir Francis penserait du sous-continent actuel, avec ses millionnaires vivant dans des bidonvilles – Danny Boyle réalisa le film éponyme – et ses centres d'appels. Fasciné par les saints et les sages, Younghusband se rapprocha du poète bengali radical et lauréat du prix Nobel Rabindranath Tagore. Younghusband a également adopté divers gourous, dont Shri Purohit Swami, qui était à la contre-culture des années 1930 ce que Maharishi Mahesh Yogi était au cercle des Beatles trente ans plus tard. En 1937, un enthousiasme commun pour les « phénomènes suprasensoriels » a mis Younghusband en contact avec le pionnier de l'aviation Charles Lindbergh en Inde, où les deux aventuriers ont rencontré une variété de mystiques et de sages et ont également volé ensemble.

Lors de son séjour en Inde, Younghusband participa aux célébrations interreligieuses organisées par le Parlement des Religions pour commémorer le centenaire de la naissance du chef religieux hindou Ramakrishna, événement auquel il assista en tant que représentant officiel de la Société des Nations. En 1934, Sir Francis, de plus en plus ouvert au syncrétisme, fonda le Congrès mondial des religions afin de promouvoir la fraternité religieuse. Le premier congrès, à Londres, fut marqué par l'intervention de l'influent spécialiste du zen D.T. Suzuki, et une réunion ultérieure accueillit l'imam de la mosquée de Woking. Parmi les participants à ce premier congrès figurait le jeune Alan Watts, qui deviendra plus tard un vulgarisateur du bouddhisme zen et une figure importante de la contre-culture. Watts s'impliqua étroitement dans l'organisation et siégea à son comité exécutif.

Plus tard dans les années 1930, le revirement de Younghusband sur les questions coloniales s'accompagna d'une évolution similaire de ses opinions sur le déterminisme racial, et il devint l'un des premiers et des plus virulents critiques du mouvement fasciste allemand. À la fin de la décennie, sa quête de spiritualité le mena à Paris pour prononcer le discours d'ouverture du Congrès Mondial des Croyances, fondé par l'islamologue français Louis Massignon avec le soutien discret du théologien catholique radical Pierre Teilhard de Chardin.

Malgré son âge avancé, Sir Francis parvint encore à concilier passions spirituelles et terrestres, et en 1939, le chevalier de 76 ans, toujours marié, entama une liaison passionnée avec une dame titrée, elle aussi mariée et mère de six enfants, de trente-deux ans sa cadette. Sans surprise, la santé du septuagénaire déclina peu à peu, et il mourut le 31 juillet 1942 dans les bras de sa maîtresse, Madeline, Lady Lees. Les hommages furent dithyrambiques, et quelques années plus tard, l'historien indien Sardar Pannikar écrivit : « Seuls deux Anglais ont véritablement pénétré l'âme de l'Inde, et tous deux étaient soldats : Francis Younghusband et Archibald Wavell.»

Sir Francis Younghusband repose dans le cimetière champêtre de Lytchett Minster, dans le Dorset, demeure de Madeline, Lady Lees. Sa dernière demeure, verdoyante et paisible, est dissipé par la représentation du palais du Potala de Lhassa sur sa pierre tombale, qui dissipe toute velléité de nationalisme ethnique. Ainsi, la Jérusalem de Parry offre la métaphore parfaite de la Grande-Bretagne olympique : une nation tiraillée entre réalité mondiale et idylle rurale. À une époque où la technologie a supplanté le mystique et où les marques sont devenues les nouvelles divinités, il est trop facile de réduire Sir Francis Younghusband à un simple excentrique victorien inoffensif. Mais si sa vision d'une société où « le saint et le sage sont honorés plus que le capitaliste le plus riche » venait à se réaliser, la Grande-Bretagne – et le reste du monde – serait un pays bien plus vert et agréable.



Saturday, February 28, 2026

Tibetan Buddhism and the Reality of Possession


Yamantaka est un yidam ou déité du bouddhisme tibétain


Tibetan Buddhism and the Reality of Possession

Le bouddhisme tibétain est présenté en Occident comme une voie d'une intégrité absolue. Il est décrit comme un système philosophique proposant des techniques pour développer la pleine conscience, la compassion et, en fin de compte, atteindre l'éveil.

Ce qui est rarement dit clairement, c'est que les systèmes tantriques du Vajrayāna sont structurés autour de la possession spirituelle ritualisée et de la prise de contrôle de l'individualité du pratiquant.

Une thèse de doctorat de 2022, intitulée « Āveśa et possession divine dans les traditions tantriques d’Asie du Sud » et signée par Vikas Malhotra, démontre que la possession est devenue un élément central de la pratique tantrique médiévale, notamment du tantra bouddhiste qui a ensuite évolué vers le vajrayāna tibétain.[1] Le terme sanskrit āveśa signifie littéralement « entrer dans ». Dans le contexte tantrique, il désigne la fusion du pratiquant et de la divinité. Cette fusion n’était pas marginale, mais fondamentale.[2]

La pratique du yidam (le yoga de la déité) implique la possession

Dans le yoga des divinités tibétaines, les pratiquants se visualisent comme une divinité, récitent son mantra, adoptent ses gestes et son identité, et sont invités à ne ressentir aucune séparation entre eux et cet être. Les enseignants modernes présentent cela comme symbolique ou psychologique, et comme une méthode pour réaliser la vacuité. Mais historiquement, cette pratique s'inscrit dans la structure des techniques de possession. 

- Invocation
- Descente du pouvoir
- Fusion d'identités
- Pouvoir modifié
- Signes physiques et psychologiques

Les textes tantriques médiévaux décrivent des signes de possession tels que tremblements, extase, altération de la conscience et perte de l'identité ordinaire. Ces mêmes phénomènes et mécanismes sont rapportés dans le contexte du Vajrayāna.

Guru Yoga et possession humaine

Il existe aussi des vérités dérangeantes concernant le Guru Yoga. Dans cette pratique, le gourou visualisé se dissout dans la lumière et pénètre le disciple. Ce dernier perçoit l'esprit du gourou comme indissociable du sien. L'initiation est décrite comme une descente de bénédiction dans le corps subtil. La thèse note que, dans les systèmes tantriques, même des êtres humains avancés pouvaient exercer une influence positive sur autrui. [3]Le gourou incarne le pouvoir de la lumière.
Ce pouvoir se transmet par l'initiation.
Le disciple devient un réceptacle.
L'identité passe de l'individu au porteur de lignée.

Il s'agit d'une possession ritualisée entre humains. Présentée comme une transmission positive, est-ce vraiment le cas ? Quelles sont les implications d'inviter un autre être humain à vous posséder ? Si l'on examine les nombreux cas d'abus révélés au sein des communautés Vajrayāna ces dernières décennies, on peut se demander pourquoi quiconque laisserait un être humain faillible entrer en soi et se faire posséder. Ayant moi-même subi des abus graves de la part d'un maître Vajrayāna prétendument illuminé, je peux témoigner. Le guru yoga crée un cadre dans lequel un autre être humain se voit accorder une autorité intérieure intime sur votre esprit et votre identité. Doit-on consentir sciemment à une telle dynamique ? Probablement pas quand on sait que la possession spirituelle est ce qui se produit réellement lors du guru yoga et du yoga de la déité (yidam).

Pourquoi ce point est-il passé sous silence ?

Le fait que ce point soit passé sous silence dans les enseignements du bouddhisme tibétain devrait interpeller. Pourquoi n'en parle-t-on pas d'emblée ? Parce que le terme « possession » sonne comme une notion primitive et est chargé de connotations négatives, psychiatriques et coloniales. C'est pourquoi les traditions en quête de légitimité occidentale évitent ce terme et dissimulent la réalité sous des couches d'euphémismes théologiques et philosophiques. Le problème n'est pas une question de vocabulaire, mais de savoir si les pratiquants sont clairement informés de ce qui se passe concrètement. Si le Vajrayāna repose sur une possession ritualisée par l'incorporation de la divinité (yidam) et du gourou, cela doit être clairement énoncé.

Dans l'histoire religieuse occidentale, et plus particulièrement au sein du christianisme, la possession a longtemps été perçue comme une expérience négative, spirituellement dangereuse et psychologiquement déstabilisante. Elle est associée à une perte de libre arbitre, à une vulnérabilité à la manipulation par des entités démoniaques et à la nécessité d'une protection ou d'un exorcisme. Loin d'être un phénomène spirituel fascinant, elle est considérée comme un risque sérieux.

Pourtant, lorsque des dynamiques similaires de dissolution de l'identité apparaissent au sein d'un système spirituel importé, elles sont souvent amplifiées, esthétisées et soustraites à tout examen critique. Le langage change, mais la structure sous-jacente demeure.

Pourquoi la possession rituelle suscite-t-elle l'inquiétude dans un contexte et la vénération dans un autre ? Pourquoi un changement de perspective métaphysique neutralise-t-il automatiquement cette inquiétude ? Si cela soulèverait des interrogations dans une église occidentale, pourquoi cela devrait-il être exempté d'examen dans un temple tibétain ?

Les faits historiques sont clairs : la possession n’est pas un concept périphérique du tantra tibétain. Elle est au cœur même de ses rituels. Dès lors, les pratiquants méritent d’affronter cette réalité en toute conscience, plutôt que de la percevoir dissimulée sous des symboles inoffensifs ou un mysticisme élevé.


Notes de bas de page

[1] Vikas Malhotra, "Āveśa et possession de divinités dans les traditions tantriques de l'Asie du Sud : histoire, évolution et étiologie", thèse de doctorat, Université de Californie, Santa Barbara, 2022.

[2] Ibid., discussion sur la possession devenant centrale dans la praxis tantrique.

[3] Ibid., discussion des formes positives de possession humaine.

[4] Ibid., modèle intégré de possession comme transformation incarnée.

Mim Lee-Boarman


À propos de l'auteure


J'ai été élevée dans la foi catholique et j'ai très tôt développé une profonde dévotion envers Jésus-Christ et sa mère, Marie. Après les réformes de l'Église suite au concile Vatican II, je me suis progressivement éloignée du catholicisme et suis entrée dans une période d'agnosticisme. Cela a changé au début de l'âge adulte lorsque je me suis intéressée au bouddhisme tibétain et que j'ai finalement entrepris des pratiques tantriques avancées.

Avec le temps, mon implication s'est étendue au yoga et à diverses formes de divination : des pratiques qui recoupent des éléments du bouddhisme tantrique. Durant cette période, j'ai subi des abus sexuels et spirituels, ainsi que des attaques de magie noire ciblées. Ces expériences ont engendré ce que je reconnais aujourd'hui comme une grave oppression démoniaque, voire une possession, résultant d'abus rituels perpétrés par des gourous et dissimulés derrière un langage et un symbolisme occultes...




Thursday, July 17, 2025

La société tibétaine sous le règne du Dalaï-lama




Un texte d'Alexandra David-Néel (la Dame Lama), écrit en 1950*, atteste que les Tibétains étaient victimes d'un régime politique pratiquant le servage et l'esclave. Ce régime était dirigé par l'actuel Dalaï-lama qui, au lieu d'une condamnation pour les souffrances infligées à son peuple, est honoré par l'Occident : prix Nobel de la paix, médaille d'or du Congrès américain, médaille de la liberté...

*) Tenzin Gyatso, l'actuel Dalaï-lama, a été intronisé chef temporel et spirituel du Tibet le 17 novembre 1950.


La société tibétaine sous le règne du Dalaï-lama


par Alexandra David-Néel



La vie politique et ses intrigues n’affectent au Tibet qu’un nombre très minime d’individus et ne s’étendent guère au-delà des provinces centrales. Les zones sévères et froides du Ngari comme celles privilégiées de la nature des pays de Po, de Lho et du Kongbou, y sont toujours restées à peu près étrangères.

Là règnent sur des populations plus ou moins primitives et clairsemées, des chefs locaux dont les plus importants s’attribuent fièrement le titre de gyalpo (roi).

En tête de leurs « sujets » viennent des richards du terroir : des tchougpos propriétaires de terres généralement acquises sans droit précis par un de leurs ascendants. Le produit de ces terres cultivées par des métayers dont la condition est, souvent, analogue à celle des serfs, et celui d’un bétail assez important constituent le fond des revenus d’un tchougpo. Il en est de même pour le chef qui y ajoute le fruit de certains impôts qu’il lève à son gré sur ses administrés et celui des amendes qu’il inflige lorsqu’il agit en qualité de juge arbitrant des querelles ou punissant des méfaits.

Une sorte d’esclavage assez bénin subsiste encore en maintes parties du Tibet. Attachés à une famille particulière, les esclaves y fournissent une grande partie de la domesticité. Cet esclavage n’est toutefois pas légal. Il repose sur la coutume mais, au Tibet, coutume vaut pratiquement loi.

Cependant, la plus forte partie du revenu des chefs et des tchougpos provient du commerce. Tout le monde trafique au Tibet : riches et moins riches, les pauvres eux mêmes, hommes, femmes et enfants. Nul Tibétain qui n’ait quelque chose à vendre ou à troquer : drap précieux ou commun, laine, chevaux et mules, chaudrons, beurre, fromage, bouse des troupeaux servant de combustible, du haut en bas de l’échelle sociale l’on vend, l’on échange avec âpreté et l’on peut voir des miséreux tirant de sous leurs guenilles de vieux os ramassés dans la poussière et les proposant à d’autres pauvres hères qui les pileront et se serviront de leur poudre pour assaisonner leur maigre pitance. [...]

Se méprenant sur mon identité (Alexandra David-Néel était déguisée en tibétaine) les paysans parlèrent librement devant moi, ne me cachant rien de leur détresse. Impôts et corvées pesaient sur eux d’un poids qui les écrasait.

Les corvées qui les arrachaient souvent aux travaux des champs aux époques où ceux-ci étaient les plus urgents ne différaient d’ailleurs en rien de celles auxquelles étaient soumis tous les paysans du Tibet. Partout, les travaux à effectuer pour le gouvernement : routes ou bâtiments à construire ou à réparer, incombaient aux villageois qui ne recevaient de ce fait ni salaire ni nourriture. En dehors du travail forcé requis pour le gouvernement, les paysans devaient aussi transporter gratuitement les bagages et les marchandises des voyageurs munis de titres de réquisition à cet effet et leur fournir, outre des bêtes de somme, du fourrage et du grain pour leurs montures et celles de leurs serviteurs.

Quant aux impôts à payer en nature, les gens de Tashi Tsé affirmaient que la terre peu fertile de leur pays ne produisait pas chaque année assez de grain pour qu’ils puissent s’acquitter de ce qui leur était réclamé. Cependant, il fallait aussi manger… D’où emprunts et dettes.

Ils énuméraient encore d’autres manières de les dépouiller, qui contribuaient à remplir la caisse du Gouverneur résidant dans un petit dzong (château) perché sur un monticule au bord de la rivière. – L’on peut dire, à la décharge de ce dernier, que lui-même avait dû payer cher sa nomination au poste qu’il occupait. Du haut en bas de l’échelle hiérarchique, la même corruption s’étalait.

Quitter le pays pour chercher de meilleures terres ou des chefs moins exigeants n’était point permis à ces paysans qui, comme tous leurs pareils, n’étaient que des serfs. Quelques-uns avaient tenté de fuir, de s’établir dans les provinces voisines. Découverts, ils avaient été arrachés à leur nouveau foyer et ramenés à Tashi Tsé pour y être bâtonnés et condamnés à une forte amende.

Ceux qui avaient songé à les imiter ne l’osaient pas, trop effrayés par le châtiment infligé aux familles des fugitifs. Celles-ci ayant été tenues pour responsables, car elles auraient dû, leur reprochait-on, empêcher leurs parents de s’échapper, frères, oncles, cousins avaient été fustigés et contraints de payer des amendes.

Ainsi, ces malheureux demeuraient dans leurs pauvres demeures, toute énergie détruite en eux, s’appauvrissant chaque année davantage, n’espérant aucune délivrance dans cette vie.

Certains regardaient du côté de la Chine. « Nous n’étions pas si mal traités quand les Chinois étaient les maîtres », me disaient-ils. « Reviendront-ils ?… Peut-être… Mais quand ? Nous pouvons être morts avant ce temps… »

Ils sont revenus bien plus puissants qu’ils ne l’étaient auparavant. Pas un coup de feu n’a été tiré contre eux pendant leur marche à travers les campagnes et les bourgades tibétaines et, souvent, ils ont été accueillis avec joie. Les étrangers qui s’apitoyaient sur le sort des populations victimes d’une odieuse agression étaient bien mal informés.

De quelle façon la Chine répondra-t-elle à l’espoir que le prolétariat et les métayers serfs du Tibet ont placé en elle… Il reste à le voir.

Le ciel bleu, la glorieuse lumière, le soleil étincelant du Tibet sont générateurs d’optimisme ; la paysannerie tibétaine n’est pas encline à nourrir longuement des soucis ; elle attend avec tranquillité les changements que pourra lui apporter le renouvellement de ses très anciens liens avec la Chine ; une Chine différente de celle que ses pères ont connue et plus d’une fois combattue, mais qui, pour le moment, ne paraît pas lui déplaire. »

Alexandra David-Néel, « Le vieux Tibet face à la Chine nouvelle ».


Wednesday, February 05, 2025

Un moine du Ladakh, marcheur et philosophe



Tenzin, moine bouddhiste du Ladakh, entame son périple de 3 000 km à pied jusqu'à son monastère en Inde. Entre routes dangereuses, villages isolés et montagnes, il incarne la philosophie bouddhiste en prônant la simplicité et en acceptant les épreuves comme une question de karma. Au fil de ses rencontres, nous explorons la spiritualité, le respect des traditions et la critique d'une modernité qui selon lui, nous éloigne de l'essentiel.


(10 minutes)


Tuesday, January 28, 2025

Le bouddhisme tibétain comme religion conquérante


"Les clercs bouddhistes élaborent des stratégies visant à influencer les instances occidentales de gouvernement."


Le moine bouddhiste Matthieu Ricard représentant du lamaïsme auprès des puissants du Forum économique mondial de Davos.


Lionel Obadia, et, à sa suite, Cécile Campergue, ainsi que Thierry Mathé, entendent traiter le bouddhisme comme une "religion missionnaire". Ce courant s’appuie en partie sur les analyses, essentiellement américaines, d’histoire culturelle, notamment celles de Donald Lopez – qui le premier développa l’idée d’un "colonialisme spirituel" du Dalaï Lama, fondé sur la reprise et la diffusion de discours orientalistes et scientifiques –, Peter Bishop, Georges Dreyfus, Thierry Dodin et Heinz Räther et Martin Baumann.

Dans "Bouddhisme et Occident" (1999), L. Obadia revient sur la généalogie des représentations occidentales du bouddhisme et décrit les différents milieux sociaux qui ont contribué à leur vulgarisation (cercles d’érudits orientalistes et de voyageurs, philologues, sociétés occultes…). Il étudie ensuite les techniques de "propagande" et d'"évangélisation" des promoteurs occidentaux du bouddhisme, dans le cadre d’une sociologie d’inspiration wébérienne qui affirme la dimension "universaliste" et "missionnaire" du bouddhisme. Son ouvrage ne décrit pas davantage les dispositifs d’affiliation qui permettent, dans ces centres, de fabriquer de nouveaux "convertis".

Dans un second ouvrage, "Le bouddhisme en Occident" (2007), le propos de L. Obadia prend une toute autre ampleur, en ce qu’il entend aborder la diffusion et l’implantation en Occident de tous les courants bouddhiques. Reprenant les analyses d’histoire culturelle déjà développées dans son précédent livre, il s’interroge à présent sur les différentes modalités d’adhésion au bouddhisme en Occident, en distinguant notamment, comme l’avait fait avant lui l’historien des religions Martin Baumann, le bouddhisme des immigrés asiatiques de celui de "convertis" indigènes. Il s’interroge sur les transformations subies par les traditions importées : s’agit-il d’un "bouddhisme occidental", d’un "bouddhisme à l’occidentale", d’un "bouddhisme mondial" ou d’un "bouddhisme moderne" ? Ainsi le souci d’établir des typologies se substitue-t-il à celui d’une ethnographie des pratiques qui ne préjuge pas de leur nature. 

R. Liogier, pour sa part, a publié un second ouvrage, "Le bouddhisme mondialisé", en 2003, dans lequel il reprend les analyses de D. Lopez en termes de "fascination" et considère le bouddhisme d’Occident, à la manière de F. Lenoir, comme une "troisième voie", située entre les idéologies communistes et capitalistes, qui seraient aujourd’hui discréditées. Mais, comme L. Obadia, il développe l’idée selon laquelle les "clercs bouddhistes" élaborent des stratégies visant à influencer les instances occidentales de gouvernement. Leur objectif serait d’institutionnaliser cette "troisième voie", qu’il nomme "individuo-globalisme" et qui serait en passe de remplacer les religions institutionnalisées. 

La thèse de Cécile Campergue entend montrer en quoi consiste, à l’aide d’une enquête empirique réalisée pendant plusieurs années dans les centres bouddhiques tibétains de France, le "missionarisme" des lamas tibétains. Elle répertorie et décrit les différents centres présents sur le territoire national, revient sur les parcours des lamas qui les ont fondés, décrit les moyens employés pour diffuser une représentation idéalisée du bouddhisme tibétain (médias, institutions, personnalités intellectuelles, politiques ou du monde du spectacle, modes de financement et gestion économique des centres) et s’interroge sur les relations des maîtres avec leurs étudiants, soulignant plusieurs contradictions entre les discours et les pratiques (relations de dévotion et d’obéissance, statut ambigu des femmes…). 

Marion Dapsance.


Friday, December 27, 2024

Révélations d'un lama dissident

 


Le lama tibétain Kelsang Gyatso (1931-2022) était un enseignant important parmi les guélougpa restés fidèles à des pratiques proscrites par le dalaï-lama.


La méditation

En matière de méditation Kelsang Gyatso faisait autorité. Selon ce lama, parce que la méditation n’est pas dénuée de risques, les méditants doivent se protéger et revêtir une armure psychique. « De même que les guerriers utilisent des armures pour se protéger pendant les batailles, ainsi les méditants ont besoin d’une armure pour se défendre contres les obstacles et les entraves. » (Kelsang Gyatso « Guide du Pays des Dakinis »).

Les obstacles

Tout ce qui fait obstruction à l'accomplissement de la libération est nommé Mara (démon). « Il existe, selon le lama Kelsang Gyatso, quatre principaux types de démons : le démon des perturbations mentales, le démon des agrégats contaminés, le démon de la mort incontrôlée, et les démons Dévapoutra. Seuls les derniers sont des êtres sensibles proprement dits. […] Un bouddha est appelé un « conquérant » parce qu'il, ou elle, a vaincu les quatre types de démons.

Ishvara, prince de ce monde

Le bouddhisme considère que nous vivons dans le monde du désir (Kâmaloka). Toujours d'après Kelsang Gyatso, l'être le plus puissant de ce monde est Ishvara courroucé, un démon Dévapoutra.


Ishvara courroucé « demeure dans Le Pays qui Contrôle les Émanations, l'état d'existence le plus élevé à l'intérieur du règne du désir. Ishvara a des pouvoirs miraculeux limités qui le rendent plus puissant que les autres êtres du règne du désir. Si nous faisons confiance à Ishvara, nous pouvons recevoir certains bienfaits temporaires au cours de cette vie, par exemple, plus de richesse et de biens, mais Ishvara courroucé est l'ennemi de ceux qui cherchent la libération, il interfère avec leur progrès spirituel. » ( Kelsang Gyatso)




Dans des centres de spiritualité, des personnes avides de richesse, de gloire, de pouvoir adorent secrètement Ishvara dont le culte évoque celui de Satan. De nos jours, le satanisme et les crimes pédophiles qui lui sont imputés se répandent.

Wednesday, December 25, 2024

Instructeurs tibétains & hitlérisme


"Tempête sur l'Asie" (en russe : Potomok Tchingis-Khana, littéralement "Le Descendant de Gengis Khan") est un film soviétique réalisé par Vsevolod Poudovkine, sorti en Russie en novembre 1929.


Rudolf Steiner "avait commis l'imprudence d'expliquer sans détour, en des conférences qu'il avait données en 1917 et 1918, que des sociétés secrètes visaient à l'anéantissement et à la ruine de l'Occident."

Quelques mois après la remise du prix Nobel de la paix au Dalaï-lama, Robert Ambelain, grand maître mondial de la franc-maçonnerie de Memphis-Misraïm et fondateur d'un groupement martiniste, révéla que les instructeurs des nazis étaient des lamas tibétains.

Selon Robert Ambelain, "derrière la mystique de l'île de Thulé, derrière un pangermanisme raciste de combat, derrière les vieux dieux des Germains, il y avait autre chose : il y avait des sectes tibétaines et leur magie.

Dans un ouvrage consacré à la magie à Paris, et sous un pseudonyme, Maurice Magre a évoqué l'action de lamas venus du Tibet pour agir politiquement en Europe par la magie tantrique. Or avant la guerre 1939-1940 il avait fort bien connu Otto Rahn, jeune intellectuel allemand venu en Ariège pour y étudier le catharisme, officiellement du moins. […] Membre des S.A. à cette époque, il gravira tous les échelons de la S.S. Dans l'entourage immédiat de Himmler. C'est très certainement au cours de conversations banales que Rahn fut amené à parler à Maurice Magre de ces lamas tibétains venus à Berlin, et Magre n'y vit que du feu !

D'ailleurs, d'avril 1938 à août 1939, soit pendant seize mois, une mission nationale-socialiste avait séjourné au Tibet sous la direction du docteur Ernst Shafer et y avait réalisé un film. Il est bien évident que ce film n'était qu'une motivation officielle pour les Européens occidentaux, car le motif était tout autre.

En effet cette mission avait été organisée par l'Ahnenerbe, soit « l'héritage des ancêtres », chargée de travaux ultra-secrets, et intégrée à la S.S. générale en mars 1938 par Himmler lui-même. Elle y dépendait de Karl (ou Nat) Wolf, supérieur d'Otto Rahn, et membre de l'état-major personnel de Himmler. Les membres de cet état-major portaient tous à la manche gauche de leur veste la bande de bras significative de cet office : noire bordée d'argent.

Après cela, on pourra toujours nous affirmer que cette mission au Tibet était d'ordre purement "ziendivigue" ... Car son retour coïncida, en août 1939, avec l'invasion de la Pologne et le début de la Seconde Guerre mondiale.

On observera que l'Allemagne nazie, si éprise de rechercher ses racines aryennes en Asie, avait négligé d'envoyer de telles missions en Inde, où l'Intelligence Service anglais aurait facilement dépisté les véritables motifs d'une telle arrivée. [...]

Marquès-Rivière, qui fut en France le chef du service chargé des sociétés secrètes françaises (il quitta Paris en août 1944 avec une escorte de miliciens et fut condamné à mort par contumace), avait inséré un passage en son livre "Vers Bénarès la ville sainte" (Paris, 1930, Éd. V. Attinger), passage où il est question de la société secrète asiatique le Taureau Rouge, groupant des musulmans de l'Inde et des bouddhistes tibétains. Objectif de cette secte mixte: la guerre sainte contre les Anglais. En perquisitionnant à la Libération en son domicile du Quai-aux-Fleurs à Paris, la police découvrit un occultum (oratoire laboratoire des occultistes) dont le symbolisme de magie noire ne laissait aucun doute sur les orientations de Marquès-Rivière, d'autant qu'il avait publié un rituel tantrique de cette nuance aux Éditions Véga : le "Yantra Chintâmani". Car Marquès-Rivière avait été en Inde muni de certaines recommandations, et il y avait rencontré des personnages à même de le documenter, après s'être fait "reconnaître" bien entendu.

D'autre part, en son livre sur la légende du Gesar de Ling, Alexandra David-Neel nous apporte quelques renseignements sur les "cités souterraines" de l'Agartha et de Shambalah, qui infestèrent certains cerveaux nazis. Ici nous citons Alexandra David-Neel :

"Shambalah a-t-il jamais été le nom d'une ville ou d'une contrée ? C'est possible, mais il n'en existe aucune preuve. [ ... ] Ceux qui - bien moins nombreux que certains étrangers paraissent le croire - parlent, au Tibet, de l'hypothétique Shambalah, la tiennent pour une île située quelque part au nord ... [ ... ]Trois sorciers Bon-nag à qui j'ai eu l'occasion de rendre service au cours d'un voyage et qui campèrent quelques semaines près de mes tentes, me dirent que leurs coreligionnaires se transmettent oralement d'anciennes traditions concernant une terre de la quiétude, située dans le Nord. Peut-être pourrait-on rechercher l'origine de Shambalah dans le folklore des Bön autochtones du Tibet. D'autre part l'origine de la croyance à Shambalah au Tibet peut s'expliquer très simplement. Les hindous parlaient jadis d'une "terre de l'éternelle béatitude" qu'ils nommaient Outtara Kourou: "le pays septentrional des Kourous"."

Là encore nous retrouvons l'influence des traditions asiatiques et surtout tibétaines dans la mythologie particulière créée chez les nazis par la Thulé et ses doctrinaires, concernant une mystérieuse Hyperborée. [...]

Marco Polo, poursuit Ambelain, en son célèbre récit Le Livre de Marco Polo, nous dit avoir rencontré au Népal des tantriques venus du Tibet et du Cachemire, gens plus versés selon lui dans les arcanes de la magie que qui que ce soit en tout autre pays. Il les présente comme s'abstenant de toute ablution, sales à tous égards, attribuant leur puissance magique (qu'il constate avec franchise) à leur sainteté et à leurs mortifications multiples. Ils se livrent parfois à une anthropophagie rituelle, en rôtissant les cadavres de criminels exécutés et en les consommant, afin de s'attribuer psychiquement leurs "vertus" et leurs "mérites" particuliers. Ce rite se nomme la mahamansa, soit "la grande viande" ou viande sacrée. Il s'agit ici, comme on le voit par cette communion eucharistique particulière, d'une véritable initiation à rebours, orientée vers le Mal à l'état pur.

Vers 747 de notre ère arriva au Tibet un certain Padmasambhava, tantrique indien originaire d'Udayana. Peu à peu sous son influence et celle des deux épouses du roi du Tibet, celui-ci se convertit au bouddhisme, mais la cour et le peuple demeurèrent fidèles aux Bönpos. Une persécution obligea les prêtres du Bön à fuir et à dissimuler leurs livres sacrés et leurs objets rituels, pour attendre, selon leurs dires : "le temps où l'action de la doctrine Bön, doctrine de la croix cramponnée, opérerait la libération de l'humanité !", la croix cramponnée étant évidemment leur svastika sénestrogyre.

Avant de quitter leur existence au grand jour et entrer dans la clandestinité, les prêtres bönpos fulminèrent une malédiction générale contre le roi, sa cour et les auxiliaires de Padmasambhava. Tous moururent rapidement deux semaines plus tard. Alors devant ce deuil général Padmasambhava quitta le Tibet. Et ici la question se pose : qu'était donc la doctrine de la croix cramponnée, ce svastika tournant sur sa gauche selon l'orientation chère aux Bönpos ? Et que faut-il entendre par "la libération de l'humanité" ?

Si nous nous en référons aux bas-reliefs érotiques et pornographiques de certains temples tantriques de l'Inde shivaïte des Xe-XIIe siècles, tel celui de Kajurao près d'Agra, où se matérialisent dans la pierre les modes d'accouplement les plus divers et les plus osés que l'on puisse imaginer dans une vaste orgie collective, il s'agit alors d'une banale libération de toute morale, tant religieuse que sociale.

Mais si on va au-delà de ses conséquences dans une universalité qui n'est pas limité dans le temps, on peut fatalement envisager une extinction totale de la collectivité humaine, extinction consécutive à divers facteurs de cette véritable pathologie sexuelle. Et ce serait là cette "libération" ultime de l'humanité, le karma collectif étant finalement devenu tel qu'il aboutit à une destruction totale de celle-ci, et, de ce fait même, à la suppression de toute renaissance, individuelle ou collective. Application de l'adage tantrique bien connu qui veut que "les actes qui plongent l'ignorant pour longtemps dans les Enfers, peuvent permettre à celui qui sait d'accéder à la libération ultime". Sous-entendu : son anéantissement total.

On observera qu'à notre époque la libération sexuelle suivit la mise en application de la contraception vulgarisée et de la loi légitimant l'avortement thérapeutique. Cette même "libération" fut suivie d'une remontée considérable des M.S.T. (maladies sexuellement transmissibles) et celle-ci fut amplifiée par l'apparition d'une autre M.S.T. jusque-là inconnue : le sida. L'effet suit la cause comme l'ombre suit le promeneur, nous dit la vieille sagesse bouddhique …

Un jour, un moine lamaïste du grand monastère de Pékin déclara à Alexandra David-Neel : "Gesar reviendra avec son armée pour exterminer ceux qui s'opposent au règne de la Justice. Il surgira soudainement en toute sa force prodigieuse, et terrifiera les hommes au cœur mauvais qui s'adonnent à une activité malfaisante. Ses innombrables cavaliers le suivront avec la rapidité de l'éclair, la terre tremblera, martelée par les sabots de leurs chevaux, et le bruit de cette galopade résonnera par-delà les nuages. Nous avons dormi longtemps tandis qu'il se reposait, lui, l'invincible, et nous nous réveillerons pour son retour. .. Il entraînera les millions d'hommes d'Asie aujourd'hui assoupis à la conquête du monde, et partout où son armée purificatrice sera passée il ne restera rien, pas même un brin d'herbe ..."

Or à l'époque où Alexandra David-Neel rédigeait le manuscrit de son livre sur le Gesar de Ling, soit vers 1928-1929, un film paraissait sur les écrans européens, film allemand (1) si mes souvenirs sont exacts. Le titre était "Tempête sur l'Asie". Il décrivait la vie d'un jeune Mongol descendant de Gengis Khan, mais ignorant cette filiation. Un jour sa vie de prolétaire exploité par les Européens installés en Asie se trouvait brutalement modifiée par la révélation de ses origines. Et le film se terminait par une magistrale chevauchée des cavaliers mongols, déferlant sur l'Occident dans le vent soulevant une tempête de sable. D'où le titre du film : "Tempête sur l'Asie". Aujourd'hui, devant la permanence de cette tradition d'un messie asiatique devant balayer l'Occident et réformer le monde, je songe à une des phrases du poème épique né sur les hauts plateaux du "pays des neiges" et formulant le pourquoi de cette chevauchée : "Pour que la montagne ne soit pas plus haute que la vallée, et pour que la vallée ne soit pas plus basse que la montagne ..." Et en songeant aux Khmers rouges du Cambodge, cet évangile du nivellement nous fait froid dans le dos!

Car si Hitler et l'Allemagne hitlérienne avaient triomphé, si le débarquement avait été un échec dans les jours qui suivirent le 6 juin 1944, s'il n'y avait pas eu l'argument définitif du 6 août 1945 sur Hiroshima et du 9 août 1945 sur Nagasaki, si la Russie soviétique avait été anéantie militairement, qui sait si les alliés asiatiques de l'Allemagne nazie, renversant leur alliance, n'auraient pas brandi la lance aux trois queues, de cheval et repris la chevauchée de Tamerlan vers ce "pays des Etrangers",évoqué, avec quelle rancune, par le bouddhiste de Pékin…

Vous en doutez ? Mais souvenez-vous cependant du pacte Rome-Berlin-Tokyo, signé le 27 septembre 1940 entre l'Allemagne, l'Italie et le Japon, complété en 1941 le 11 décembre et impliquant que les cosignataires s'engageaient à ne jamais signer de paix séparée. En ce pacte dit tripartite l'organisation de l'Europe était confiée à l'Allemagne et à l'Italie, et celle de l'Asie au Japon. Mais supposons que l'Allemagne et l'Italie aient été vaincues, mais pas le Japon, les Alliés ne possédant pas la bombe atomique. Or un Japon, ayant vaincu la Chine et devenu le maître en Asie, possède alors la capacité d'entraîner facilement une armée de plusieurs dizaines de millions d'hommes, sur un monde occidental usé par cette Seconde Guerre mondiale, et donc hors d'état de résister à une telle avalanche…

Et cependant, il y a encore à notre époque un certain nombre de dévots de "Notre-Dame-de-la-Larme-à-l'Œil" qui, oublieux des atrocités japonaises, se culpabilisent en songeant à Hiroshima ! Alors que les Bonnets noirs tibétains auraient vu se réaliser cette espérance formulée au VIIIe siècle par leurs chamans : le triomphe de ce que représente la doctrine de la croix cramponnée, le svastika sénestrogyre.[...]

Nous croyons utile de rappeler que Rudolf Steiner, le fondateur du système anthroposophiste, eut à subir une persécution intense de la part des hitlériens à Berlin (le 25 décembre 1929 ils avaient incendié son Goetheanum). Aussi pour éviter d'être assassiné par les S.A., se réfugia-t-il à Dornach en Suisse. Il avait commis l'imprudence d'expliquer sans détour, en des conférences qu'il avait données en 1917 et 1918, que des sociétés secrètes visaient à l'anéantissement et à la ruine de l'Occident. Voir pour cela Zeitgeschichtliche Betrachtungen (Observations sur l'Histoire, tomes 1 et 2), de cet auteur. Cela recoupe ce que nous révélait sans le vouloir Marquès-Rivière, quant à cette alliance du lamaïsme tibétain et de l'islamisme hindou. »

Robert Ambelain, "Les arcanes noirs de l'hitlérisme".


1) Tempête sur l'Asie (en russe : Potomok Tchingis-Khana, littéralement "Le Descendant de Gengis Khan") est un film soviétique réalisé par Vsevolod Poudovkine, sorti en Russie en novembre 1929.

L'histoire occulte et sanglante du pangermanisme :
1848-1945 (PDF gratuit ICI).

En 1946, au tribunal de Nuremberg, des rires secouent l’assistance. La Cour vient d’évoquer les rapports des chefs nazis avec l’astrologie, la magie et le tantrisme tibétain ou indien. Sitôt abordée, la question est étouffée.

Robert Ambelain a cru utile de la reprendre. Il démontre la montée progressive, sur plus d’un siècle, d’un pangermanisme plongeant ses racines dans un paganisme germano-scandinave que l’on croyait disparu. Il met au jour la vie cachée d’Hitler : ses véritables origines, ses instructeurs occultes, son rôle avoué de médium délirant. Un rôle reconnu par certains de ses fidèles, qui n’hésitaient pas à qualifier leur grand homme d’«être démoniaque»…

Robert Ambelain révèle que l’analyse de la croix gammée sénestrogyre à la lumière des nombres congruents donne le chiffre 666, qui est celui de la Bête de l’Apocalypse ; cette analyse désigne aussi Hitler comme "l’homme du mal" annoncé par saint Paul.

Enfin, l’auteur aborde la question des appuis financiers et industriels dont Hitler bénéficie à la naissance du national-socialisme, prodigués par ceux qui voyaient dans ce mouvement un rempart contre le bolchevisme.

Un ouvrage où les révélations abondent !